Les étudiants comoriens de l’île d’Anjouan à Dakar, qui n’arrivent plus à recevoir de l’aide financière de leurs familles restées au pays avec lequel ils ont perdu tout contact, ont fait part à l’APS qu’ils appellent de tous leurs vœux le débarquement imminent prévu par l’Union africaine pour libérer ce territoire ’’pris en otage’’ par Mohamed Bacar.
L’UA a décidé d’aider Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, président de l’Union des Comores élu démocratiquement en 2006, à reprendre le contrôle de l’île, avec le soutien logistique de la France. C’était suite à l’appel qu’il avait lancé le 30 janvier au Sommet de l’UA à Addis-Abeba (Ethiopie). Depuis, le téléphone ne passe plus sur l’île mise sous embargo.
Anjouan, l’une des quatre îles des Comores situées dans l’océan indien, au large de Madagascar, est prise en otage depuis près d’un an par Mohamed Bacar, réélu président depuis le 10 juillet 2007, à l’issue d’élections contestées par l’Union des Comores et l’Union africaine.
’’Ça fait presque trois mois que je ne sais pas ce qui se passe vraiment à Anjouan en général, je ne sais pas comment vivent mes parents en particulier et surtout que la communication ne passe pas’’, se désole Kamar, étudiant anjouanais à Dakar.
’’Le pire, c’est que je ne reçois pas mon argent qui provient toujours des Comores, je suis obligé de me rabattre sur mes compatriotes dont les ressources proviennent de la France’’, a ajouté l’étudiant en réseau informatique.
Pour cette autre étudiante qui préfère garder l’anonymat par souci de protéger sa famille restée à Anjouan, l’intervention militaire est ‘’la seule solution’’, puisque ‘’la situation ne fait qu’empirer’’. ‘’Ça ne peut plus durer’’, a-t-elle encore martelé, estimant que parmi ses quelque 800 compatriotes résidant à Dakar, il n’y a pas de ‘’pro-Mohamed Bacar’’. Excepté, bien sûr ‘’ceux de sa famille, s’il y en a’’.
L’étudiante en management qui confie qu’elle ‘’souffre moralement et financièrement’’, par rapport à la situation de son pays, déplore que l’homme fort d’Anjouan ‘’martyrise quotidiennement la population anjouanaise’’. ‘’Nous sommes très inquiets’’, dit-elle.
’’C’est vraiment très lent, il faut qu’il (Sambi) accélère les processus’’, s’impatiente Andhuim, étudiant en 2-ème année d’Economie à l’Université cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Il se demande pourquoi le président Sambi tarde à rétablir l’ordre sur son île natale, pour atténuer la souffrance de la population.
Les velléités séparatistes de l’île d’Anjouan remontent à 1997, sous le régime de Mohamed Taki, à l’époque de la République fédérale islamique des Comores. La constitution avait été changée sous la présidence de Azali Assoumani, pour apaiser la tension, en instituant une présidence tournante entre les quatre îles : Anjouan, Mohéli, la Mayotte (sous le contrôle de la France depuis 1975) et la Grande Comore.
Chaque île devait maintenant élire un président, mais rester dans la fédération qui a pris le l’appellation de l’Union des Comores. Des négociations ont été entamées depuis lors pour préserver l’intégrité de la fédération, ‘’mais en vain’’, se désole Abdoullah Mbaé, en maîtrise de physique-chimie à l’UCAD, qui se dit aussi favorable à la méthode forte.
Ali Soulé, président de l’Amicale des élèves, étudiants et stagiaires comoriens au Sénégal (AEESCOS) salue l’ ‘’initiative héroïque’’ du président Sambi, même s’il dit se méfier de l’implication de la France qui, à son avis, est ’’derrière Mohamed Bacar’’.
Pour lui, c’est une façon pour la France de ’’retarder l’intervention’’. ’’Pourquoi maintenant, alors qu’elle pouvait le faire avant ?’’, s’interroge l’étudiant en licence de philosophie qui dénonce l’’’impérialisme de la France’’.
Quid des mesures à prendre après le débarquement, l’étudiante en management qui place son ’’espoir’’ dans l’opération militaire, estime que ’’la première chose à faire après le débarquement, c’est de payer les fonctionnaires’’. Après cela, il faudra organiser des élections, pour ’’réorganiser la politique’’ sur l’île.
Optimiste, M. Soulé s’attend à ’’une vie meilleure’’ après le débarquement, invitant les hommes de Mohamed Bacar à comprendre que le souci des troupes qui vont intervenir ’’n’est pas d’aller les tuer, mais de sauvegarder l’unité nationale’’.
L’étudiante en management préconise, elle aussi, que le président déchu soit jugé à l’étranger, même si certains de ses compatriotes estiment que le jugement devra se faire sur place, pour lui faire payer le tort qu’il a causé aux populations.
’’La crise anjouanaise décrédibilise partout les étudiants comoriens à Dakar’’, regrette ce ressortissant de la petite l’île de Mohéli faisant face à l’île rebelle. ’’En classe, nos camarades trouvent bizarre qu’un président élu soit interdit de se rendre dans son fief’’, note-t-il.